Le prof Phil Marso vous propose avant son séjour à Bruxelles (30 janvier au 7 février) la traduction en PMS du conte de Charles Perrault «Le Petit Poucet ». © Megacom-ik 2006

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le peti pou'C 2 charl' P'rØ

Le petit Poucet de Charles Perrault (1628 - 1703)

il étè 1 foa 1 bucheron É 1 bucheronn ki avè 7 enfan, tous mek, lèné n’avè ke 10z’an, É le plu j’En’ n’en avè ke 7.

Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons; l'aîné n'avait que dix ans, et le plus jeune n'en avait que sept.

on C’tona ke le bucheron è U tan d’enfan en 6 p’E 2 tem ; mè c’es ke sa femm alè vit’ en bezoÑe, É n’en avè pa – 2 d’2 a la foa. 

On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfants en si peu de temps ; mais c'est que sa femme allait vite en besogne, et n'en avait pas moins de deux à la fois.

il zétè for pØv’ , É l’Er 7 enfan lê 1komodè bôkou, parce k’Øk’1 d’2 ne pouvè enkor’ gaÑé sa vi. ce kil ê chagrinè enkor’, c’es ke le + j’Ene étè for Dli’K É ne 10zè mo : prenan pr bêtiz ce ki étè 1 mark’ 2 la bonT’ 2 son S’pri.

Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit.

il étè for peti, É, kan il v’1 Ø mon’2, il nètè gu’R plu gro ke le pouss, ce ki fi k’on l’apela le peti poucÉ ; ce pØvr’ enfan étè le soufr’ doul’Er 2 la mèzon, É on l’8 donè toujour’ tor ; cependan il étè le plu f’1 É le plu avizé 2 tou sê frèr, É, s’6l parlè p’E, il ékoutè bôkou. Il v’1 1 ané trè fach’Eze, É la la famin’ fu 6 gran’2 ke cê pØvr’ gen rézolur’ 2 se D’f’R 2 l’Er enfan.

Il était fort petit, et, quand il vint au monde, il n'était guère plus gros que le pouce, ce qui fit qu'on l'appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin et le plus avisé de tous ses frères, et, s'il parlait peu, il écoutait beaucoup. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants.

1 soar ke cê enfan étè kouché, É ke le bucheron étè Øprè du f’E avek sa femm, il l’8 10, le k’Er C’ré 2 doul’Er :

Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le coeur serré de douleur :

« tu voa bi’1 ke ns ne pouvon plu nourrir no enfan ; J ne sØrè lê voar mourir 2 f’1 2’van mê z’yE, É J s’8 résolu 2 lê mené p’Rdr’ 2m’1 Ø boa, ce ki sera bi’1 èzé, kar, tan’10 k’il s’amuzeron a fago’T, ns n’avon K ns enf’8r 100 k’il ns voa.

« Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car, tandis qu'ils s'amuseront à fagoter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient.

- aaaa ! C’krya la bucheronn, pourè-tu toa-m’M mené p’rdr’ tê enfan ?

- Ah! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu toi-même mener perdre tes enfants ? »

son mari avè bô l’8 reprézen’T l’Er gran’2 pØvreT’, l ne pouvè i kon’100tir ; L étè pØvr’, mè L étè m’R. cependan, ayan kon6D’ré  k’L doul’Er ce l’8 serè 2 voar mourir 2 f’1, L i kon’10ti, É ala se kouché en pl’Eran. le peti poucÉ ouïr tou ce k’il 10’re, kar ayan entendu, 2 2’dan son li, k’il parlè d’af’R, il C’tè leV’ doucemen É C’tè gliC’ sou l’SKb’L 2 son p’R, pr l’ékou’T 100 êtr’ vu. il ala se rekouché É ne dormi po’1 du rS’te 2 la n’8, sonjan a ce k’il avè a f’R.

Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant, ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. Le petit Poucet ouït tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu, de dedans son lit, qu'ils parlaient d'affaires, il s'était levé doucement et s'était glissé sous l'escabelle de son père, pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire.

il se leva 2 bon mat’1, É ala Ø bor d’1 r’8çô, ou il empli sê poch’ 2 peti K’you blan, É ens’8te rev’1 a la mèzon. on parti, É le peti pou’C ne D’kouvri ri’1 2 tou ce k’il savè a sê fr’R. il al’R ds 1 forê for ép’S, ou a 10 pa 2 10s’tans, on ne voyè pa l’1 l’Øtr’. le bucheron se mi a kou’P du boa, É sê enfan a rama’C dê brout’ye pr f’R dê fago. le p’R É la m’R , lê voayan o’QP’ a trava’yé, C’loaÑ’R d’E 1'100’6blemen, É p’8 s’100f’8r’ tou a kou par 1 peti 100’tié D’tourné.

Il se leva de bon matin, et alla au bord d'un ruisseau, où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu'il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où à dix pas de distance, on ne se voyait pas l'un l'autre. Le bûcheron se mit à couper du bois, et ses enfants à ramasser des broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s'éloignèrent d'eux insensiblement, et puis s'enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné.

lorske cê enfan se vir’ s’El’, il se mir’ a kriééé É a pl’Eré 2 tout’ l’Er force.

Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force.

le peti pou’C lê lèsé krié, sachan bi’1 par ou il rev’1drè a la mèzon, kar en marchan il avè lèC’ tom’B le lon du chem’1 lê peti K’you blan k’il avè ds sê poch’. il l’Er 10 don :

Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison, car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu'il avait dans ses poches. Il leur dit donc :

« ne krèÑé po ‘1, mê fr’R ; mon p’R É ma m’R ns on lèC’ i’6, mè J vs ramènerè bi’1 Ø lo’j : s’vé-moa s’Elemen. »

« Ne craignez point, mes frères; mon père et ma mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis: suivez-moi seulement. »

 

il le s’8vir’, É il lê mena jus’K l’Er mèzon, par le m’M chem’1 k’il étè venu ds la forê. il n’oz’R d’abor entré, mè il se mir’ tous kontr’ la port’, pr ékou’T ce k’il 10’zè l’Er p’R É l’Er m’R.

Ils le suivirent, et il les mena jusqu'à leur maison, par le même chemin qu'ils étaient venus dans la forêt. Ils n'osèrent d'abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte, pour écouter ce que disaient leur père et leur mère.

ds le momen ke le bucheron É la bucheronn ariv’R ché z’E, le sèÑ’Er du vila’J l’Er envoaya 10 é’Q, k’il l’Er 2’vè il i avè lontem, É don il n’SP’rè plu ri’1.

Dans le moment que le bûcheron et la bûcheronne arrivèrent chez eux, le seigneur du village leur envoya dix écus, qu'il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n'espéraient plus rien.

cela l’Er redona la vi, kar lê pØvr’ jan mourè 2 f’1. le bucheron envoya sur l’Er sa femm a la boucheri. kom, il i avè lontem k’L n’avè manG’, L acheta 3 foa + 2 vian’2 k’il n’en falè pr le sou’P 2 d’2 p’Rsonn. lorsk’il fur’ rasazié, la bucheronn 10 :

Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le bûcheron envoya sur l'heure sa femme à la boucherie. Comme il y avait longtemps qu'elle n'avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu'il n'en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu'ils furent rassasiés, la bûcheronne dit :

« élass ! ou son m’1tenan no pØvr’ enfan ? il ferè bonn ch’R 2 ce ki ns rS’te la. Mè Ø’6, gui’yØm, c’es toa kil ê a voulu p’Rdr’ ; j’avè bi’1 10 ke ns ns en repentiron. ke font-il m’1tenan ds 7 forê ? élass ! mon 10’E, lê lou lê z’on p’E-êtr’ D’ja manG’ ! tu es bi’1 inum’1 d’avoar p’rdu 1’6 tê enfan ! »

« Hélas ! où sont maintenant nos pauvres enfants ? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c'est toi qui les as voulu perdre ; j'avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette forêt ? Hélas! mon Dieu, les loups les ont peut-être déjà mangés! Tu es bien inhumain d'avoir perdu ainsi tes enfants ! »

le bucheron s’1pa’6enta a la f’1 ; kar L re’10 plu 2 20 foa k’il 100 repentirè, É k’L l’avè bi’1 10. il la menaça 2 la batr’ 6 L ne se tèzè.

Le bûcheron s'impatienta à la fin ; car elle redit plus de vingt fois qu'ils s'en repentiraient, et qu'elle l'avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait.

ce n’es pa ke le bucheron ne fu p’E-t’êtr’ enkor’ plu faché ke sa femm, mè c’es k’L l’8 rompè la têt’, É k’il étè 2 l’um’Er 2 bôkou d’Øtr’ jan, ki M for lê femm ki 10z’ bi’1, mè ki trouv’ trè 1portun’ c’L ki on toujour’ bi’1 10. la bucheronn étè en pl’Er :

Ce n'est pas que le bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c'est qu'elle lui rompait la tête, et qu'il était de l'humeur de beaucoup d'autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. La bûcheronne était tout en pleurs :

« élass ! ou son m’1tenan mê z’enfan, mê pØvr’ z’enfan ! »

«  Hélas! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants ! »

L le 10 1 foa 6 Ø, ke lê z’enfan, ki étè a la port’, l’ayan entendu, se mir’ a kr’yé tous en’100bl’ :

Elle le dit une fois si haut, que les enfants, qui étaient à la porte, l'ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble :

« ns voala ! ns voala ! »

« Nous voilà! nous voilà! »

L kouru vit’ l’Er ouvrir la port’, É l’Er 10 en lê z’embra’100 :

Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant :

« ke J s’8 èz’ 2 vs revoar, mê ch’R z’enfan ! vs’zêt’ bi’1 lass, É vs z’aV bi’1 f’1 ; É toa, piéro, kom te voala kroT’, vi’1 ke J te D’barbou’ye. »

« Que je suis aise de vous revoir, mes chers enfants ! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim ; et toi, Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille.»

ce piéro étè fis èné, k’L M’è + ke lê z’Øtr’, parce k’il étè 1 p’E rousô, É k’L étè 1 p’E rouss. Il se mir’ a tabl’, É mang’R d’1 a’Pti ki fèzè plèzir Ø p’R É a la m’R, a ki il rakontè la p’Er k’il z’avè U ds la forê, en parlan pr’Ske toujr tous en’10bl’. Cê bonn jan étè ravi 2 revoar l’Er z’enfan avek E, É c’7 joa dura tan ke lê 10 é’Q dur’R.

Ce Pierrot était son fils aîné, qu'elle aimait plus que tous les autres, parce qu'il était un peu rousseau, et qu'elle était un peu rousse. Ils se mirent à table, et mangèrent d'un appétit qui faisait plaisir au père et à la mère, à qui ils racontaient la peur qu'ils avaient eue dans la forêt, en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent.

mè, lorske l’arjan fu D’penC’, il retomb’R ds l’Er 1er chagr’1, É rézolur’ 2 lê p’Rdr’ enkor’ ; É, pr ne pa manké l’Er kou, 2 lê mené plu lo’1 ke la premi’R foa. il ne pur’ parlé 2 cela 6 sekrètemen k’il ne fuze entendu par le peti pou’C, ki fi son komte 2 sortit d’af’R kom il avè D’ja fè ; mè koak’il se fu leV’ 2 gran mat’1 pr alé rama’C 2 peti K’you, il ne pu venir a bou, kar il trouva la port’ 2 la mèzon f’Rmé a doubl’ tour.  

Mais, lorsque l'argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore ; et, pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois. Ils ne purent parler de cela si secrètement qu'ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d'affaire comme il avait déjà fait ; mais, quoiqu'il se fût levé de grand matin pour aller ramasser de petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour.

il ne savè ke f’R, lorske, la bucheronn l’Er ayan doné 1 morçô 2 p’1 pr l’Er D’jEné, il sonja k’il pourè se s’Rvir 2 son p’1 Ø ly’E 2 K’you, en re’Jtan par miett le lon dê chem’1 ou il paserè : il le C’ra donk ds sa poch’.

Il ne savait que faire, lorsque, la bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu'il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux, en rejetant par miettes le long des chemins où ils passeraient: il le serra donc dans sa poche.

le p’R É la m’R lê men’R ds l’endroa 2 la forê le plu épè É le plu obskur ; É, dê k’il i fur’, il gaÑ’R 1 fð-fuyan, É lê lès’R la.

Le père et la mère les menèrent dans l'endroit de la forêt le plus épais et le plus obscur; et, dès qu'ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant, et les laissèrent là.

le  peti pou’C ne 100 chagina pa bôkou, parce k’il X’yè retrou’V èzéman son chem’1, par le moy’1 2 son p’1 k’il avè semé partou ou il avè paC’ ; mè il fu bi’1 surpri lorsk’il ne pu en retrou’V 1 s’Ele miett ; lê z’oazð étè venu ki avè tou manG’.

Le petit Poucet ne s'en chagrina pas beaucoup, parce qu'il croyait retrouver aisément son chemin, par le moyen de son pain qu'il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu'il ne put en retrouver une seule miette; les oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé.

lê voala donk bi’1 afliG’ ; kar, plu il marchè, plu il C’garè É 100’fonçè ds la forê.

Les voilà donc bien affligés ; car, plus ils marchaient, plus ils s'égaraient et s'enfonçaient dans la forêt.

la n’8 v’1, É il C’leva 1 gran van ki l’Er fèzè dê p’Er épouvantabl’. Il X’yè n’entendr’ 2 tou ko’T ke lê urleman 2 lou ki venè a E pr lê man’G. il n’ozè pr’Ske se parlé, ni tourné la têt’. il surv’1 1 gross pl’8, kil ê p’Rça juskð zo ; il glicè a chak’ pa, É tombè ds la bou, d’où il se relevè tou kroT’, ne sachan ke f’R 2 l’Er m’1.

La nuit vint, et il s'éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n'entendre de tous côtés que les hurlements de loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n'osaient presque se parler, ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie, qui les perça jusqu'aux os ; ils glissaient à chaque pas, et tombaient dans la boue, d'où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.

le peti pou’C grimpa en Ø d’1 arbr’, pr voar s’6l ne D’kouvrirè ri’1 ; ayan tourné la têt’ 2 tou koT’, il vi 1 petit’ lu’Er kom d’1 chand’L, mê ki étè bi’1 lo’1, par 2là la forê. il d’S100di 2 l’arbr’, É lork’il fu a t’R, il ne vi plu ri’1 : cela le Dzola. cependan, ayan marché k’Lke tan avek sê fr’R, du koT’ k’il avè vu la lumi’R, il la revi en sortan du boa. il ariv’R enf’1 a la mèzon ou étè 7 chand’L, non 100 bi’1 dê frèy’Er : kar souvan il la p’Rdè 2 vu, ce ki l’Er arivè tout’ lê foa k’il d’S100dè ds k’Lke fon.

Le petit Poucet grimpa au haut d'un arbre, pour voir s'il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d'une chandelle, mais qui était bien loin, par delà la forêt. Il descendit de l'arbre, et lorsqu'il fut à terre, il ne vit plus rien: cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères, du côté qu'il avait vu la lumière, il la revit en sortant du bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs : car souvent ils la perdaient de vue; ce qui leur arrivait toutes les fois qu'ils descendaient dans quelque fond.

il Ert’R a la port’, É 1 femm v’1 l’Er ouvrir. L l’Er 2manda ce k’il voulè. le peti pou’C l’8 10 k’il étè 2 pØvr’ enfan ki C’tè p’Rdu ds la forê, É ki 2mandè a kouché par chariT’. 7 femm, lê voayan tou 6 joli, se mi a pl’Eré, É l’Er 10 :

Ils heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu'ils voulaient. Le petit Poucet lui dit qu'ils étaient de pauvres enfants qui s'étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme, les voyant tous si jolis, se mit à pleurer, et leur dit :

« élass ! mê pØvr’ z’enfan, ou êt’-vs venu ? sa’V-vs bi’1 ke c’es i’6 la mèzon d’1 ogr’ ki man’J lê peti z’enfan ?

« Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c'est ici la maison d'un Ogre qui mange les petits enfants ?

- élass ! madam’, l’8 répon’10 le peti pou’C, ki tremblè 2 tout’ sa forc’, Ø’6 bi’1 ke sê fr’R, ke feron-ns ? il es bi’1 sur ke lê lou 2 la forê ne mankeron pa 2 ns man’G 7 n’8 6 vs ne voulé pa ns retiré ché vs, É cela étan, ns èmon mi’E ke ce soa mon6'E ki ns man’J ; p’E-êtr’ k’il Øra pityé 2 ns 6 vs voulé bi’1 l’en pr’yé. »

« - Hélas ! madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force, aussi bien que ses frères, que ferons-nous ? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit si vous ne voulez pas nous retirer chez vous, et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange ; peut-être qu'il aura pitié de nous si vous voulez bien l'en prier. »

la femm 2 l’ogrrrr’, ki kru k’L pourè lê K’ché a son mari juskØ len2m’1 mat’1, lê l’Sça entré, É lê mena se chØfé Øprè d’1 bon f’E ; kar il i avè 1 mouton tou enti’1 a la broch’, pr le sou’P 2 l’ogrrrr’.

La femme de l'Ogre, qui crut qu'elle pourrait les cacher à son mari j usqu'au lendemain matin, les laissa entrer, et les mena se chauffer auprès d'un bon feu ; car il y avait un mouton tout entier à la broche, pour le souper de l'Ogre.

kom il komençè a se chØfé, il z’enten’10r’ Er’T 3 ou 4 gran kou a la port’ : C’tè l’ogrrr’ ki revenè ; Ø’6to sa femm lê fi K’ché sou le li, É ala ouvrir la port’. l’ogrrr’ 2manda d’abor 6 le sou’P étè prê, É 6 on avè tiré du v’1, É Ø’6to se mi a tabl’. le mouton étè enkor’ tou 100glan, mè il ne l’8 en 100bla ke mè’yEr. il flèrè a droat’ É a gØch’, 10zan k’il 100tè la ch’R frèch’.

Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c'était l'Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit, et alla ouvrir la porte. L'Ogre demanda d'abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il flairait à droite et à gauche, disant qu'il sentait la chair fraîche.

« il fØ, l’8 10 sa fem, ke ce soa ce vô ke J vi’1 d’ab’yé, ke vs 100té.

« Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce veau que je viens d'habiller, que vous sentez.

- J 100 la ch’R frèch’ , te 10’J enkor’ 1 foa, repri l’ogrrr’, en regardan sa femm 2 trav’R, É il i a i’6 k’Lke choz’ ke J n’enten pa. »

- Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l'Ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n'entends pas. »

en 10zan cê mo, il se leva 2 tabl’, É ala droa Ø li.

En disant ces mots, il se leva de table, et alla droit au lit.

« a ! 10-t’il, voala donk kom tu v’E me trom’P, mØ’10te femm : J ne sè a koa il ti’1 ke J te man’J Ø’6 : bi’1 t’en pren d’êtr’ 1 viè’ye bêt’ ; voala du j’byé ki me vi’1 bi’1 a propo pr trè’T 3 ogrrr’ 2 mê ami, ki doav’ me venir ce jr-6. »

« Ah! dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme! Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi : bien t'en prend d'être une vieille bête. Voilà du gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois ogres de mes amis, qui doivent me venir voir ces jours-ci. »

il lê tira 2 2’sou le li, l’1 aprè l’Øtr’. cê pØvr’ z’enfan se mir’ a J’nou, en l’8 2mandan pardon ; mè il avè af’R Ø plu kru’L 2 tou lê ogrrr’, ki, bi’1 lo’1 d’avoar 2 la pit’yé, lê D’vorè D’ja dê z’yE, É 10zè a sa femm ke ce serè la 2 fr’yan morçð, lorsk’L l’Er Ørè fè 1 bonn sØce. il ala prendr’ 1 gran koutô ; É en aprochan 2 cê pØvr’ z’enfan, il èguizè sur 1 longu’ pi’R, k’il tenè a sa m’1 gØch’. il en avè d’jà empoaÑé 1, lorske sa femm l’8 10 :

Il les tira de dessous le lit, l'un après l'autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux, en lui demandant pardon; mais ils avaient affaire au plus cruel de tous les ogres, qui, bien loin d'avoir de la pitié, les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce seraient là de friands morceaux, lorsqu'elle leur aurait fait une bonne sauce. Il alla prendre un grand couteau ; et en approchant de ces pauvres enfants, il l'aiguisait sur une longue pierre, qu'il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit :

« ke voulé-vs f’R a l’er k’il es ? n’Øré-vs pa a’C 2 tan 2m’1 ?

« Que voulez-vous faire à l'heure qu'il est ? n'aurez-vous pas assez de temps demain ?

- tè-toa, repri l’ogr’, il z’en seron plu mortifyé.

- Tais-toi, reprit l'Ogre, ils en seront plus mortifiés.

- mè vs a’V enkor’ la tan 2 vian’2, repri sa femm : voala 1 vô, 2 mouton É la moat’yé d’1 kochon !

- Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme : voilà un veau, deux moutons et la moitié d'un cochon !

tu a rèzon, 10 l’ogrrr’ : donn l’Er bi’1 a sou’P af’1 k’il ne mègriss pa, É va lê mené kouché. »

- Tu as raison, dit l'Ogre : donne-leur bien à souper afin qu'ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher. »

la bonn femm fu ravi 2 joa, É l’Er porta bi’1 a sou’P ; mè il ne pur’ man’G, tan il z’étè sèzi 2 p’Er. pr l’ogrrr’, il se remi a boar’, ravi d’avoar 2 koa 6 bi’1 régalé sê z’ami. Il bu 1 12z’N 2 kou 2 + K l’or’10n’R : ce ki l’8 dona 1 p’E ds la têt’, É l’oblija 2 s’alè kouché.

La bonne femme fut ravie de joie, et leur porta bien à souper; mais ils ne purent manger, tant ils étaient saisis de peur. Pour l'Ogre, il se remit à boire, ravi d'avoir de quoi si bien régaler ses amis. Il but une douzaine de coups de plus qu'à l'ordinaire : ce qui lui donna un peu dans la tête, et l'obligea de s'aller coucher.

l’ogrrr’ avè 7 f’ye, ki n’étè enkor’ ke dê z’enfan. cê petit’ ogr’SSS avè tout’ le t’1 for bô, parce k’L man’Gè 2 la ch’T frèch’, kom l’Er p’R : mè L z’avè 2 peti z’yE gri É tour on, le né krochu, É 1 for gran’2 bouch’, avek 2 longu’ kenot’ for ègu É for éloaÑé l’1 2 l’Øtr’. L n’étè pa enkor’ for m échant’, mè L prométè bôkou, kar L mordè D’ja lê peti z’enfan pr en su’C le 100.

L'Ogre avait sept filles, qui n'étaient encore que des enfants. Ces petites ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu'elles mangeaient de la chair fraîche, comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu, et une fort grande bouche, avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l'une de l'autre. Elles n'étaient pas encore fort méchantes; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang.

on lê avè kouché 2 bonn’Er , É L étè tout’ 7 ds 1 gran li, ayan cha’Qne 1 kouronn d’or sur la têt’. il i avè ds la m’M chambr’ 1 Øtr’ li 2 la m’M grand’Er : ce fu ds ce li ke la femm 2 l’ogr’ mi kouché lê 7 peti garçon ; aprè koa, L ala se kouché Øprè 2 son mari.

On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une couronne d'or sur la tête. Il y avait dans la même chambre un autre lit de la même grandeur: ce fut dans ce lit que la femme de l'Ogre mit coucher les sept petits garçons; après quoi, elle s'alla coucher auprès de son mari.

le peti pou’C, ki avè remarké ke lê f’ye 2 l’ogrrr’ avè dê kouronn d’or sur la têt’, É ki krèÑè k’il ne pri a l’ogrrr’ k’Lke remor 2 ne lê z’avoar pa égorG’ dê le soar m’M, se leva v’R le mil’yE 2 la n’8, É prenan lê bon’É 2 sê fr’R É le si’1, il ala tou doucemen lê mètr’ sur la têt’ dê 7 f’ye 2 l’ogrrr’, aprè lê avoar oT’ l’Er kouronn d’or, k’il mi sur la têt’ 2 sê fr’R, É sur la s’¥ af’1 ke l’ogrrr’ lê pri pr sê f’ye, É sê f’ye pr lê garçon k’il voulè égor’G.

Le petit Poucet, qui avait remarqué que les filles de l'Ogre avaient des couronnes d'or sur la tête, et qui craignait qu'il ne prît à l'Ogre quelques remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l'Ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d'or, qu'il mit sur la tête de ses frères, et sur la sienne afin que l'Ogre les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu'il voulait égorger.

la choz’ réU’6 kom il l’avè penS’ ; kar l’ogrr’, C’tan évè’yé sur le min’8, U regrÉ d’avoar 10’féré Ø lendem’1 ce k’il pouvè ézéQ’T la vè’ye. il se J’ta donk bruskeman or du li, É, prenan son gran koutô :

La chose réussit comme il l'avait pensé ; car l'Ogre, s'étant éveillé sur le minuit, eut regret d'avoir différé au lendemain ce qu'il pouvait exécuter la veille. Il se jeta donc brusquement hors du lit, et, prenant son grand couteau :

« alon voar, 10-t-il, koman se port’ no peti drol’, n’en fèzon pa a 2 foa. »

« Allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles; n'en faisons pas à deux fois. »

il monta donk a taton a la chambr’ 2 sê f’ye, É s’aprocha du li ou étè lê peti garçon, ki dormè tous, excepT’ le peti pou’C, ki U bi’1 p’Er lorsk’il 100ti la m’1 2 l’ogrr’ ki l’8 tatè la têt’, kom il avè taT’ c’L 2 tou sê fr’R. l’ogrrr’, ki 100ti lê kouronn d’or :

Il monta donc à tâtons à la chambre de ses filles, et s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'Ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L'Ogre, qui sentit les couronnes d'or :

« vrèman, 10-t-il, j’alè f’R la 1 b’L ouvra’J ; J voa bi’1 ke J bu tro i’yR Ø soar. »

« Vraiment, dit- il, j'allais faire là un bel ouvrage; je vois bien que je bus trop hier au soir. »

il ala ens’8te Ø li 2 sê f’ye, ou ayan 100ti lê peti bon’É dê garçon :

Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les petits bonnets des garçons :

« aaaa ! lê voala, 10-t’il, no ga’yar, trava’yon ar’10man. »

« Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ; travaillons hardiment. »

en 10’zan cê mo, il koupa, 100 balan’C, la gor’J a sê 7 f’ye. for kontan 2 c’7 exP10’6on, il ala se rekouché Øprè 2 sa femm. Ø’6to ke le peti pou’C enten’10 ronflé l’ogrrr’, il révè’ya sê fr’R, É l’Er 10 2 s’ab’yé pronpteman É 2 le s’8vr’. il dS’100dir’ douceman ds le jard’1 É sØt’R par-2çu lê mura’ye. il kourur’ pr’Ske tout’ la n’8, toujour en tremblan, É 100 savoar ou il z’alè.

En disant ces mots, il coupa, sans balancer, la gorge à ses sept filles. Fort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l'Ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant, et sans savoir où ils allaient.

l’ogrrr’, C’tan évè’yé, 10 a sa femm :

L'Ogre, s'étant éveillé, dit à sa femme :

« va-t’an la’Ø ab’yé cê peti drol’ d’i’yR Ø soar. »

« Va-t'en là-haut habiller ces petits drôles d'hier au soir. »

l’ogr’SSS fu for étoné 2 la bonT’ 2 son mari, ne se doutan po’1 2 la mani’R k’il entendè k’L lê z’ab’ya, É X’yan k’il l’8 ordonè 2 lê alé vêtir, L monta en Ø, ou L fu bi’1 surpriz’, lorsk’L ap’Rçu sê 7 f’ye égor’G’ É najan ds l’Er 100. L komença par C’vanouir, kar c’es le 1er exPd’yan ke trouv’ pr’Ske tout’ lê femm en parè’ye renkontr’.

L'Ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu'il entendait qu'elle les habillât, et croyant qu'il lui ordonnait de les aller vêtir, elle monta en haut, où elle fut bien surprise, lorsqu'elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s'évanouir, car c'est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres.

l’ogrrr’, krèÑan ke sa femm ne fu tro lontan a f’R la bezoÑe don il l’avè char’G’, monta en Ø pr l’8 è’D. il ne fu pa - étoné ke sa femm lorsk’il vit 7 afr’E spektakl’.

L'Ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l'avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu'il vit cet affreux spectacle.

« aaa ! kè-J fè-la , C’kr’yat-il. ll me le pè’yeron, lê mal’ErE, É tout’ a l’Er. »

« Ah ! qu'ai-je fait là ? s'écria-t-il. Ils me le payeront, les malheureux, et tout à l'heure. »

il J’ta Ø’6to 1 po’T’ d’õ ds le né 2 sa femm ; É, l’ayan fè revenir :

Il jeta aussitôt une potée d'eau dans le nez de sa femme ; et, l'ayant fait revenir :

« donn-moa vit’ mê bott 2 7’lyE, l’8 10-t’il, af’1 ke ja’ye lê atra’P. »

« Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j'aille les attraper. »

il se mi en kampaÑe, É aprè avoar kouru bi’1 lo’1 2 tou lê koT’, enf’1 il entra ds le chem’1 ou marchè sê pØvr’ z’enfan, ki n’étè plu K 100 pa du lo’j 2 l’Er p’R. il vir’ l’ogrr’ ki alè 2 montaÑe en montaÑe, É ki trav’Rsè dê rivi’R Ø’6 èzéman k’il Ørè fè le –dr’ r’8çô.

Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous les côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants, qui n'étaient plus qu'à cent pas du logis de leur père. Ils virent l'Ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu'il aurait fait le moindre ruisseau.

le peti pou’C ki vi 1 roché kr’E proch’ le l’yE ou il étè, i fi K’Hé sê 6 fr’R É 6 foura Ø’6, regardan toujour ce ke l’ogrrr’ 2vi’1drè. l’ogrrr’, ki se trouvè for lass du lon chem’1 k’il avè fè inutileman (kar lê bott’ 2 7’l’yE fatigu’ for l’Er z’omm), voulu se repozé, É, par azar, il ala s’asoar sur la roch’ ou lê peti garçon C’tè K’Hé. kom il n’en pouvè plu 2 fatigu’, il 100’dormi ap^rè s’êtr’ repozé k’Lke tan, É v’1 a ronflé 6 éfroa’yableman, ke lê pØvr’ z’enfan n’Ur’ pa – 2 p’Er ke kan il tenè son gran koutô pr l’Er kou’P la gor’J.

Le petit Poucet qui vit un rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères et s'y fourra aussi, regardant toujours ce que l' Ogre deviendrait. L'Ogre, qui se trouvait fort las du long chemin qu'il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer; et, par hasard, il alla s'asseoir sur la roche où les petits garçons s'étaient cachés. Comme il n'en pouvait plus de fatigue, il s'endormit après s'être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement, que les pauvres enfants n'eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge.

le peti pou’C en U – 2 p’Er, É 10 a sê fr’R 2 100f’8r prompteman a la mèzon pendan ke l’ogrrr’ dormè bi’1 for, É k’il ne se miss po’1 en p’N 2 l’8. il kr’Ur’ son konsè’ye, É gaÑ’R vit’ la mèzon.

Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s'enfuir promptement à la maison pendant que l'Ogre dormait bien fort, et qu'ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil, et gagnèrent vite la maison.

le peti pou’C, C’tan aproché 2 l’Ogrrr’, l’8 tira douceman sê bott, É lê mi Ø’6to. lê bott étè for gran’2 É for lar’J ; mè, kom L z’étè fé, L avè le don 2 s’agrandir É 2 se rapeti’C selon la jamb’ 2 cel’8 ki lê chØçè ; 2 sort’ k’L se trouv’R Ø’6 just’ a sê p’yé É a sê jamb’ ke 6 L z’Us éT fèt’ pr l’8. il ala droa a la mèzon 2 l’ogrrr’, ou il trouva sa femm ki pl’Erè Øprè 2 sê f’ye égor’G’.

Le petit Poucet, s'étant approché de l'Ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient fort grandes et fort larges ; mais, comme elles étaient fées, elles avaient le don de s'agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait; de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles eussent été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l'Ogre, où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.

« votr’ mari, l’8 10 le peti pou’C, es en gran dan’G ; kar il a éT pri par 1 troup’ 2 vol’Er, ki on juré 2 le tué s’6l ne l’Er donn tou son or É tou son arjan. ds le moman k’il l’8 tenè le poaÑar sur la gor’J, il m’a ap’Rçu É ma pryé 2 vs venir av’Rtir 2 l’éta ou il es, É 2 vs 10r’ 2 me doné tou ce k’il a 2 va’yan, 100 en ri’1 retenir, parce k’Øtreman il le tueron 100 mizérikor’2. kom la choz’ press bôkou, il a voulu ke je pr’N sê bott 2 7 l’yE ke voala, pr f’R diligens’, É Ø’6 af’1 ke vs ne X’yé pa ke J soa 1 S’kro. »

« Votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger; car il a été pris par une troupe de voleurs, qui ont juré de le tuer s'il ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment qu'ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m'a aperçu et m'a prié de vous venir avertir de l'état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu'il a de vaillant, sans en rien retenir, parce qu'autrement ils le tueront sans miséricorde. Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà, pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur. »

la bonn femm, for efrayé, l’8 dona Ø’6to tou ce k’L avè ; kar 7 ogrrr’ ne l’Sè pa d’êtr’ for bon mari, koak’il manja lê peti z’enfan.

La bonne femme, fort effrayée, lui donna aussitôt tout ce qu'elle avait; car cet Ogre ne laissait pas d'être fort bon mari, quoiqu'il mangeât les petits enfants.

le peti pou’C, étan donk charG’ 2 tout’ lê rich’S 2 l’ogrrr’, 100 rev’1 Ø lo’j 2 son p’R, ou il fu reçu avek bi’1 2 la joa. il i a bi’1 dê jan ki ne 2m’Er’ pa d’akor 2 c’7 d’Rni’R cirkonstans’, É ki prétan ke le peti pou’C n’a jamè fè ce vol a l’ogrrr’ ; K la V’riT’ il n’avè paf è kon’6ens 2 l’8 prendr’ sê bott 2 c’7 l’yE, parce k’il ne s’en s’Rvè ke pr kourir aprè lê peti z’enfan. cê jan la asur’ le savoar 2 bonn par, É m’M pr avoar bu É manG’ ds la mèzon du bucheron.

Le petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de l'Ogre, s'en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie. Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d'accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n'a jamais fait ce vol à l'Ogre; qu'à la vérité il n'avait pas fait conscience de lui prendre ses bottes de sept lieues, parce qu'il ne s'en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du bûcheron.

il asur’ ke lorske le peti pou’C U chØ’C lê bott 2 l’ogrrr’, il 100 ala a la kour, ou il savè k’on étè for en p’N d’1 armé ki étè a 200 l’yE 2 la, É du sukcé d’1 bata’ye, k’on avè doné. il ala, 10z’-t’il, trou’V le roa É l’8 10 ke, s’6l le souètè il l’8 raporterè dê nouv’L 2 l’armé avan la f’1 du jr. le roa l’8 promi 1 gross som’ d’arjan s’6l en revenè a bou.

Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l'Ogre, il s'en alla à la cour, où il savait qu'on était fort en peine d'une armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d'une bataille qu'on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le roi et lui dit que, s'il le souhaitait il lui rapporterait des nouvelles de l'armée avant la fin du jour. Le roi lui promit une grosse somme d'argent s'il en venait à bout.

le peti pou’C raporta dê nouv’L, dê le soar ; É c’7 premi’R kours’ l’ayan fè konètr’, il gaÑè tou ce k’il voulè ; kar le roa le pè’yè parfèteman bi’1 pr por’T sê ordr’ a l’armé ; É 1 1finiT’ 2 2moaz’L l’8 donè tou ce k’il voulè, pr avoar dê nouv’L 2 l’Er fianC’ É ce fu la son plu gran g’1.

Le petit Poucet rapporta des nouvelles, dès le soir même; et cette première course l'ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu'il voulait; car le roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l'armée ; et une infinité de demoiselles lui donnaient tout ce qu'il voulait, pour avoir des nouvelles de leurs fiancés et ce fut là son plus grand gain.

il se trouvè k’Lke femm ki le chargè 2 letr’ pr l’Er mari ; mè L le pèyè 6 mal, É cela alè a 6 p’E 2 choz’ k’il ne dèÑè met’ en liÑe 2 komt’ ce k’il gaÑè 2 ce koT’-la. aprè avoar fè pendan k’Lke tan le métyé 2 kouryé, É i avoar amaC’ bôkou 2 bi’1, il rev’1 ché son p’R, ou il n’es pas po6bl’ 10ma’jné la joa k’on U 2 le revoar. il mi tout’ sa fam’ye a son èz’. il acheta dê ofiss 2 nouv’L kréa’6on pr son p’R É pr sê fr’R ; É par la il lê établi tous, É fi parfèteman bi’1 sa kour en m’M tan.

Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris; mais elles le payaient si mal, et cela allait à si peu de chose qu'il ne daignait mettre en ligne de compte ce qu'il gagnait de ce côté-là. Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de biens, il revint chez son père, où il n'est pas possible d'imaginer la joie qu'on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta des offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps.

moraliT’

Moralité

on ne s’afli’J po’1 d’avoar bôkou d’enfan,

On ne s'afflige point d'avoir beaucoup d'enfants,

ka il son bð, bi’1 fè É bi’1 gran,

Quand ils sont tous beaux, bien faits et bien grands,

É d’1 exT’ri’Er ki br’ye ;

Et d'un extérieur qui brille;

mè 6 l’1 d’2 es fèbl’, ou ne 10 mo,

Mais si l'un d'eux est faible, ou ne dit mot,

on le mépriz, on le ra’ye, on le p’ye :

On le méprise, on le raille, on le pille :

k’Lke foa, cependan, c’es ce peti marmo

Quelquefois, cependant, c'est ce petit marmot

ki fera le bob’Er 2 tout’ la fam’ye

Qui fera le bonheur de toute la famille.

 Traduction Phil Marso - 29 janvier 2006 / © Megacom-ik 2006

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